JEREMY TEULADE A TEAHUPO'O

JEREMY TEULADE A TEAHUPO'O

Il y a quelques semaines, Jérémy Teulade a fui le flat présent en métropole pour aller profiter des eaux turquoises et des vagues régulières de Tahiti. A l’origine spécialisé dans le SUP, Jérémy est devenu un waterman pratiquant d’autres sports, notamment le surf et il s’est lancé le défi de surfer Teahupo’o. Aujourd’hui il nous raconte son trip, pendant lequel il a eu la chance de surfer la mythique vague de Teahupo’o !

 

"Après une semaine passée à Papara pour récupérer du voyage, m'acclimater, je décide de poser mes boardbags à Teahupo'o, juste en face de la vague.

Je loge chez Tahurai un chargeur local et ancien compétiteur en bodyboard. Il a construit un homestay magnifique avec sa copine Hinatea. Je n'aurais pas pu mieux tomber pour profiter pleinement de la vie locale ici. On se nourrit du poisson que l'on pêche et on surfe tous les jours ! Teahupo'o c'est leur jardin et ils le partagent avec plaisir à condition de respecter les lieux et les locaux.

Ils me partagent avec passion leurs expériences autour de quelques Hinano la bière incontournable qui fait désormais partie de leur culture. Pas mal d'anecdotes, de récits de  wipe-out, qui me rappellent que je suis sur un spot aussi réputé que dangereux. Au détour d’une conversation, le père me place un "je ne compte pas les fois où ils m'ont appelé depuis l'ambulance". Je vois les planches de pro cassées en rangeant les miennes dans le rack, ça annonce la couleur ! Mais je souhaite prendre mon temps, aller au peak et voir comment cela se passe.
Premier jour, je me réveille avec les coqs, vive la campagne ! Je suis en face du spot, il me suffit de ramer 15 minutes environ à travers la passe pour accéder au peak. J'aperçois la vague de la pointe mais je n'arrive pas à distinguer si certains surfeurs sont déjà sur place. Je me mets à l'eau et je commence ma rame à travers la passe. C'est tellement impressionnant quand on y est pas habitué. Je croise un chargeur Californien qui a cassé son aileron contre sa jambe et il me dit qu'il était seul. Hors de question que je surfe cette vague seul, je commence à faire demi-tour et je vois des bodyboardeurs arriver. J'échange avec eux et je reste à l'écart du peak. La vague est effrayante, je ne connais pas du tout le spot, je préfère les observer pour comprendre où me placer, le fonctionnement etc. Surtout que la houle est puissante et assez mal orientée les premiers jours de mon arrivée, peu de vagues sont prises. Je ferai pareil l'après-midi, je ne suis même pas allé au peak le premier jour par peur de me prendre un set sur la tête.

De manière générale j'aime bien "bouffer" en surf, rester assez longtemps sous l'eau, ça ne me fait pas trop peur jusqu'à une certaine taille bien sûr, ou du moins je l'ai déjà expérimenté à Puerto Escondido, aux Canaries, Guéthary, Les Landes.... Ici, c'est un autre monde, faire un take off sur une paroi d'un mètre cinquante me fait flipper comme je n'ai jamais flippé au cours de ma vie de surfeur. Pourquoi ? C'est simple la vague est très rapide et creuse, quand tu rames pour la surfer toute l'eau est sucée par la vague, le reef est juste là, tu rames tout droit dessus, le but étant de l'éviter au dernier moment pour se caler dans le tube. Elle a une puissance phénoménale ! Une autre chose qui m'a frappé c'est le fait de faire le take off en ayant l'impression de partir sur un close out car la vague s'enroule autour du reef. C'est super perturbant de partir sur un close out à Teahupo'o ! Mais la vague se prend comme ça sinon impossible d'avoir le tube et c'est même risqué car faire le take off plus à l'extérieur revient en général à se faire projeter par la lèvre du west bowl. Le fameux west bowl parlons-en. C'est la paroi la plus puissante qui arrive comme un mur en face de toi et qui est encore plus terrifiante que tout ce que j'ai déja énoncé haha ! C'est aussi là où le tube est le plus gros ! Donc pour résumer, tu fais le take off bien à l'inside puis tu vas tout droit sur le west bowl, simple non ?!

Les jours suivants je vais au peak, je prends mes premières vagues, mes premières visions de tube, mes premières boites et sorties dans le lagon. Parfois quand tu tombes tu n'arrives pas à repasser la "barre" et tu termines dans le lagon en passant par le reef. Il y a alors deux choix pour revenir au peak : soit marcher sur le reef et enchaîner les canards pour passer les vagues, soit passer par le lagon et ramer pendant 20 minutes. Je suis toujours un des seuls à opter pour l’option rame, je préfère ramer que risquer de me couper ou abimer ma board.

Depuis le début du trip, chaque vague que je prends ici me demande un engagement mental total. Je ne suis pas casse-cou, je réfléchi et me prépare physiquement et mentalement pour minimiser les risques. C'est assez dur car la peur prédomine tout le temps, à chaque session, même si ça commence à aller beaucoup mieux à l'heure où j'écris ces phrases. Cette expérience aura été très enrichissante pour moi et j’ai pu faire les drops les plus intenses de ma vie avec la chance de terminer dans un tube magnifique et parfait.

Entre temps j'ai découvert d'autres spots qui sont magiques eux aussi, les vagues sont plus faciles, c'est du pur fun ! D'ailleurs petite anecdote, c'est sur un de ces spots ou j'ai touché le reef et pas à Teahupo'o (je touche du bois). Les autres spots ont beau être plus facile, c'est toujours du reef et il y a toujours peu de fond. Sur un late take off très aérien j'ai bouffé, la vague m'a collée au fond et m'a fait rouler sur le reef. Peu de douleur après la chute, mais je déchante rapidement lorsque l’on me frotte du citron vert sur le dos pour désinfecter. Je ramènerai mon tatoo, ça c'est checked !
Ma vie en ce moment se résume à checker les conditions au réveil. Décider de prendre mon paddle pour m'entrainer ou atteindre une passe plus éloignée pour surfer ou alors me mesurer à Teahupo'o ou les deux dans la journée et petite pause poisson cru entre les sessions obligatoire of course !

Un gros swell est attendu mardi et mercredi prochain. J'irai au peak mais je ne sais pas si je m'engagerai (selon la tailles des vagues et.....de mes co**** haha), mais on prévoit des vagues des faces de 4m ! En tout cas le show sera assuré par les locaux qui ont un niveau de dingue !

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Ca y est, c’est le sujet de toutes les conversations depuis quelques jours, la grosse houle annoncée est belle et bien présente ! 2.8m et 18s de période au max ça promet des grosses vagues voir du tow win !
Dans ma tête c’est de la même manière très houleux..Que faire ? Me caler au peak avec tout le monde ? Trop dangereux ? Pas assez de niveau ? Mais si ça se trouve c’est la seule occasion que j’aurai dans ma vie ?!
Après de mûres réflexions je décide d’admirer le spectacle depuis mon paddle. Je ne veux pas me mettre en danger, je n’ai pas pris de wipeout assez conséquent pour me permettre de me lancer dans du gros sur cette vague. De plus, si je prends une petite vague et qu’une série tow in m’arrive sur la tête ?! Je ne suis pas encore prêt mentalement pour risquer ça. Surtout je ne veux pas refuser de belles et grosses vagues alors qu’un autre que moi aurait pu se caler un méga barrel. Si je vais au peak c’est pour m’engager et surfer et non m’engager et refuser au dernier moment !
Et puis je vais profiter du spectacle comme jamais car je vais me placer en sortie de tube où sont situés les photographes au niveau de la faille.
Quelle journée ! J’accède au spot depuis mon paddle, je suis choqué par l’état du spot. Le reef est complétement à sec, la vague se forme en dessous du niveau du reef, c’est dingue ! Je suis sur mon paddle de 6h à 11h30 à regarder des vagues énormes surfées par les meilleurs surfeurs au monde sur cette vague. Surtout des locaux, quelques étrangers tentent de prendre la vague de leur vie. L’émotion, les cris c’est quelque chose à vivre. Je vois parfaitement le creux de la vague et je peux voir l’intérieur du tube de très proche. J’ai eu la sensation de vivre certains rides avec le surfeur tellement je suis plongé dans l’ambiance, j’ai même eu quelques frissons d’adrénaline.
De nombreux bateaux et jet ski sont présents, quelques jet ski tow-in d’autres pour la rescue. Les spectateurs touristes qui ne connaissent pas le milieu du surf sont fascinés par la beauté et la puissance de cette chose. J’entends parfois leurs cris de peur quand une série tow in arrrive et que le bateau la passe de justesse.
Ce que j’adore, c’est voir l’émotions des surfeurs quand ils sortent de la vague, ce sont des gars vraiment bons qui ont un vécu surf impressionnant mais ils sont toujours aussi émus après un ride de cette intensité. Les bras sur la tête à ne pas y croire, les cris, le claim, la joie, c’est pour ces moments que nous, surfeurs, vivons. 10s d’une intensité exceptionnelle dont le souvenir restera gravé à jamais ! Surtout ici à Teahupo’o.

Bref, la prochaine fois j’y serai, au peak, mais je ne regrette en rien mon choix !

Bravo et respect à tout le monde ce jour là, pas de blessés malgré de beaux wipeouts, de beaux rides, une journée extraordinaire !

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Après le big day nous avons eu des journées mémorables avec un swell faiblissant mais toujours conséquent et un plan d’eau glassy.

Un soir allongé sur mon lit je me suis dit « c’est demain ou jamais si tu veux partir à l’inside sur de belles séries ! ». J’arrive donc au peak le lendemain, en mode guerrier dans ma tête mais je suis calme. Je commence à mieux connaitre le spot. Je me suis engagé sur les plus belles vagues de mon trip ces derniers jours. Quelques tubes sortis, d’autres pas assez deep, d’autres trop deeps, j’ai vraiment pu passer un cap et j’en étais ravi après toutes ces journées de frayeur. Il y a eu de gros set aussi 10-12 foot, ça ne faisait pas rire, j’ai regardé la vague lorsqu’elle passait comme si j’allais m’engager au take off et le drop était vraiment impressionnant ! Quelque gars se sont engagés j’ai vu les photos après c’était monstrueux et la lèvre hyper épaisse ! Un air drop en bodyboard et des côtes cassées à l’atterrissage pour l’un d’eux qui a terminé son surftrip ce jour-là !
Après ces deux jours de folie j’ai pu surfer beaucoup plus serein en prenant du plaisir à chaque fois, la peur était toujours présente mais moindre, du fun à l’état pur !


Un petit mot pour remercier toutes les personnes que j’ai rencontré sur place et qui m’ont permis de me motiver et me dépasser !

L'accueil des locaux est exceptionnel. Ils sont sympathiques et généreux. Dans l'eau comme hors de l'eau, les polynésiens te donnent toujours le sourire. Cette ambiance unique au peak, j’aimerais la ramener sur chaque spot car c’est l’essence même du surf, s’amuser !"

Jérémy 

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Crédit photos : Dominic Mosqueira

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