Le splitboard pourrait s’appeler snowboard de randonnée, ce qu’il est, mais c’est moins sexy ! Cet outil vous permet de vous émanciper des remontées mécaniques, ce qui est bien pratique pour accéder aux nombreux espaces vierges d’installations en montagne, mais aussi pour rider en avant saison dès que la neige est là et après la saison quand les stations sont fermées. Bref le splitboard, c’est sauvage et c’est l’avenir. Décodons ci-après l’écosystème du splitboard qui peut paraître un brin opaque pour les néophytes.
Le split, qu’est-ce que c’est ?
Littéralement planche divisée, le splitboard est un snowboard qui se coupe en deux (et parfois même en 4 pour le split 4 parties), pour se transformer en skis à la montée - sur la semelle desquels vous collez des peaux de phoque - et redevenir un snowboard à la descente. La transformation se fait au moyen des systèmes de fixations.
Le premier splitboard de série est apparu il y a un peu plus de trente ans en 1992, mais c’est l’évolution des systèmes de fixations au tournant des années 2013-2014 qui a popularisé la pratique, la rendant plus intuitive. Ce n’est pas parce que vous aurez le matos dernier cri, qu’il fera tout à votre place ; pratiquer le split nécessite de devenir randonneur et par conséquent montagnard. Or ce n’est pas forcément une évidence pour le snowboarder qui n’a connu que la piste, les bords de pistes ou les snowparks : peauter, savoir faire des conversions, savoir marcher, savoir cranter un ski, faire mordre sa carre, dépeauter, c’est un autre univers. Sortir du domaine skiable exige aussi des connaissances sur la montagne. Le split n’est pas un simple loisir sans risque, mais une fois que vous y avez goûté, vous ne pouvez plus vous en passer.
Comme il y a beaucoup de choses à assimiler les premiers jours, nous vous recommandons de faire appel à un professionnel pour votre première sortie split ou de faire une sortie avec vos potes qui ont déjà la maîtrise du truc car au début, on a toujours besoin d’un chaperon !
Quelle taille de splitboard choisir par rapport à sa board solide ?
Choisir un splitboard un chouia en deçà du snowboard que vous avez l’habitude de rider niveau exigence et taille. Pour plusieurs raisons : n’oubliez pas qu’avant de descendre, il faut monter, or des skis plus courts sont plus légers à la montée ce qui est autant d’énergie de gagnée. En rando, la neige est rarement poudreuse de haut en bas, mais plutôt changeante, et vous finissez souvent en gymkhana dans un chemin forestier bien lustré : une board maniable et tolérante sera appréciable après s’être enquillé plus de 1000m de dénivelé positif !
Si vous voulez la même longueur que votre board solide, optez pour une split 4 parties, les skis sont bien plus légers à la montée et plus étroits aussi, donc plus faciles pour l’ascension.
Pour le système de fixations, prêtez attention à l’interface, la partie déterminante pour effectuer vos manipulations de splitage et désplitage. Fluidité, accessibilité même avec des gants, rapidité du passage d’un mode à l’autre, panel de réglages d’angles en mode ride et poids sont à considérer. Pour plus d’infos, voir notre article « Comment choisir et régler ses fixations en snowboard ? »
Le kit du splitboarder
En plus du splitboard, des fixations, et des boots, il vous faudra des couteaux à glisser sous la fixation pour ne pas risquer de décrocher et ripper quand la neige est dure à la montée, des peaux de phoques qui permettent de glisser sur la neige sans reculer et des bâtons télescopiques qui vous serviront à la montée, mais aussi parfois pour pousser sur des longs plats à la descente.
Dans votre sac à dos de 30 à 40 litres : DVA (à porter sur vous ou dans une poche de votre pantalon), pelle et sonde, deux paires de gants (des gants légers pour la montée et plus chauds pour la descente), une poche d’hydratation, des barres énergétiques pour la fringale, de la crème solaire, des lunettes de soleil, un vêtement isolant, un kit de premiers secours, un moyen de communication.
Selon votre engagement : un à deux piolets et des crampons sont plus que recommandés si vous visez couloirs et/ou pentes raides.

Le split, comment ça marche ?
Afin de vous familiariser et ne pas être pris au dépourvu une fois sur le terrain à ne plus vous souvenir comment faire les manipulations, entrainez-vous à les faire chez vous : monter les fixations, les mettre en position ski, les remettre en position snowboard, mettre et enlever les peaux.
La montée :
Peauter :
- Veillez à ce que la peau soit en bon état avant de partir et surtout qu’elle colle bien sur vos skis.
- Mettez les peaux sur les skis de préférence dans un endroit tempéré, ça favorise le maintien, ça évite de se geler d’emblée les doigts sur le parking et ça évite aussi de mettre de l’humidité directement sur la colle.
- Veillez à bien les plaquer sur les semelles, elles ne doivent pas recouvrir les carres.
Sur chaque ski, mettre la fixation sur le braquet avant, talon libre pour la montée.
N’oubliez pas vos bâtons télescopiques pour la montée !
Pour monter, toujours inverser les skis : la partie droite doit être à gauche et vice versa.
Il y a des raisons à ça : à l’extérieur, les crochets d'attache entre les deux parties ne risquent pas de se percuter et de se casser, idem pour les spatules.
Bien ascensionner : faire glisser un pied devant l’autre, ne pas soulever son ski, c’est de la perte d’énergie. Ne pliez pas votre bassin, restez droit.
Si la pente se redresse, pensez à mettre les cales de montée, vos pas seront plus petits mais vos mollets soulagés.
Quant aux couteaux qui agissent comme des crampons, n’attendez pas d’être en difficulté pour les mettre.
La conversion : pour remonter la pente, en rando on fait des traversées, il faut donc faire des conversions pour repartir dans l’autre sens. La conversion est tout un art. Entraînez-vous d’abord sur le plat.

Au sommet :
Ranger les peaux :
Les mettre sur le filet de protection prévu à cet effet, ça les préserve des poussières et elles seront plus faciles à retirer.
En cas de vent : laisser la peau sur le ski, en décoller la moitié, mettre le filet et faire l’autre moitié après.
En cas de deuxième montée : placer les peaux contre soi entre la veste et la first layer pour les réchauffer.
Recoller les deux ou 4 parties du split, remettez les fixations en position snow, vous voilà prêt pour la descente, pas besoin de vous expliquer comment faire, vous savez rider ! Un split réagit comme une board solide, c’est juste un peu plus lourd avec l’accastillage.
Et, la sécurité, c'est comme en freeride ?
Consignes et matériel de sécurité sont identiques (Cf. notre article « Freeride/backcountry ») la grosse différence avec le freeride, c’est qu’en split vous vous exposez au risque d’avalanche à la montée - avec une forte proportion d’accidents - et pas uniquement à la descente. Non seulement les traces de montée coupent plus la pente, mais le splitboarder est aussi moins mobile sur la pente qu’à la descente. L’avantage c’est que vous pouvez toujours faire demi-tour si des signaux vous alertent.
Rappel des consignes de base
Faire un check météo la veille au soir de la sortie
Consulter la météo et le BRA (bulletin d’estimation des Risques d’Avalanche) sur meteofrance.com/previsions-meteo-montagne/bulletin-avalanches est un préalable non négociable avant toute sortie ! Prenez en compte les expositions de votre sortie, les conditions et les risques d’avalanche changent du tout au tout selon l’orientation des faces et l’altitude.
Le site data-avalanche.org recense les avalanches.
Préparer son itinéraire, avec un plan B
Établir un itinéraire adapté à son niveau physique et technique. Pour préparer son itinéraire, s’aider d’une carte IGN 1 : 25'000 (version papier ou numérique sur www.geoportail.gouv.fr/) et identifier les passages clés.
Collecter un maximum d’infos et prévoir un itinéraire de repli.
Lors de la sortie, se munir du matériel de cartographie et d’orientation : carte, boussole, GPS et/ou appli de géolocalisation Iphigénie.
Attention : ne pas partir seul(e), prévenir de son itinéraire et de l’horaire prévu de retour.
Sur le terrain
Observer le terrain, la neige, le relief car l’environnement nous donne beaucoup d’informations, son observation est une clef pour minimiser le niveau de risques. La présence de vent, la visibilité, l’aspect de la pente, son degré d’inclinaison et son orientation sont des indices.
Fissures dans le manteau neigeux, un « wouf » sous ses pieds, avalanches spontanées, quantité de neige fraîche, vent, neige soufflée récente, variation de température, pente supérieure à 30° sont des signaux d’alarme.
Repérer les passages dangereux à la montée comme à la descente et s’il y a déjà des traces.
La stabilité du manteau neigeux sera très différente si la pente est régulièrement ridée ou pas. Beaucoup de traces stabilisent le manteau neigeux.

Connaître les règles de déplacement en groupe :
- à la montée, opter pour les terrains les plus plats possibles, mettez de la distance entre vous pour ne pas surcharger le manteau neigeux ;
- choisir des endroits sûrs et abrités du vent pour faire une pause ;
- jamais à plusieurs dans la pente : évoluer un par un en cas de doute sur la stabilité de la neige ;
- garder de l’espace entre vous, une distance d’au moins dix mètres et d’au moins cinquante mètres pour les passages exposés ;
- se préoccuper de celui qui est derrière soi ;
- ne pas suivre de traces sans savoir où elles mènent ;
Ayez toujours en tête qu’en montagne, renoncer n’est pas un échec, c’est une preuve d’intelligence !
Le split, c’est diviser pour mieux rider ! Une bonne suée à la montée, c’est du plaisir à la descente.



Laissez un commentaire